On croit toujours que pas cher veut dire expédié. Vous vous dites : à 0,80 € la minute, la fille va vous bâcler ça en trois minutes et raccrocher. Moi je fais le contraire. J’ai tenu un bar-tabac vingt ans en Bourgogne, je sais ce que c’est, un client qu’on respecte. Alors je vous le dis une fois, proprement : c’est 0,80 € la minute, plus le prix de l’appel, annoncé avant que la facturation commence. Pas d’abonnement, pas de carte bancaire. C’est du sexe au tel pas cher, mais du sexe au tel qui dure. Jeanne détaille tout ça sur sa fiche de téléphone rose sans CB.
Je vouvoie, c’est ma marque, ne cherchez pas à me tutoyer. Vous tombez peut-être sur une habituée qui reconnaît votre bonsoir, la voix un peu rauque, le petit silence avant que vous osiez. Et là, je prends la main, comme dans toute bonne baise au téléphone. Je vous fais parler. Je veux savoir ce que vous regardez, ce que vous imaginez, si vous êtes déjà dur ou juste à moitié. Je vous fais dire des mots que vous n’avez jamais dits à personne. Pendant ce temps, moi, je vous raconte ma chatte. Comment elle est, comment elle mouille quand une voix d’homme descend bien bas dans mon oreille. Vous m’entendrez respirer, rire, gémir, et parfois jurer comme au comptoir.
Je vous fais faire ce que je veux. Vous vous déshabillez quand je le dis. Vous vous touchez lentement, même si vous voulez aller vite. Je vous décris ma poitrine, mes tétons, mes doigts qui écartent, ma langue sur mes lèvres. Je vous ordonne de me sucer les seins par la pensée. Puis je vous parle de votre queue, de ce que je ferais si elle était là, à genoux, ma bouche dessus, mes yeux levés vers vous. Vous me direz quand ça monte. Vous me demanderez la permission, et je vous la donnerai, ou pas tout de suite, parce que j’aime vous faire attendre. Béatrice, qui a lâché la webcam pour la voix, fait durer elle aussi au tel rose Skype.
Et moi aussi je jouis. Pas en silence, pas en comédie. Je jouis parce que votre voix bande, parce que vous m’obéissez, parce que vous m’avez dit cette chose crue qui m’a fait mouiller. Je veux l’entendre, ce moment où vous lâchez tout, où vous grognez mon prénom. Après, on respire. Je vous dis merci, franchement. Puis, si vous revenez, je reconnaîtrai votre bonsoir. Sexe au tel pas cher, d’accord, mais pas bâclé : ici, c’est vous qu’on écoute, et moi qui vous fais durer.