Tu vas me dire « t’es asiatique, t’es douce, hein ? » Comme presque tous les autres. Et je vais sourire dans le combiné, prendre ma petite voix, celle qui fait croire que je suis timide, que je rougis. Tu sais quoi ? Je la garde trente secondes, cette voix. Juste le temps que tu te détendes. Après, je change. Pas de préavis. Ma voix descend d’un ton, elle devient rauque, et je te dis exactement ce que je pense de ta queue déjà dure contre ton caleçon.
Je suis née à Paris, XIIIe, dans une famille de Vietnamiens qui n’ont jamais compris pourquoi je préférais dessiner des dragons sur des hanches que vendre des nems. Tatoueuse, la vraie. Une aiguille dans la main droite, un dragon sur ma hanche gauche, des cheveux noirs jusqu’aux reins que j’attache n’importe comment. Et quand je suis au téléphone, mes mains font autre chose. Elles descendent. Souvent.
Ce que j’aime, c’est le moment où tu crois encore que je vais être « mignonne ». Je te laisse parler. Puis je t’interromps. Je te dis : « Touche ta queue. Maintenant. Lentement. » Je veux entendre ta respiration changer. Je veux entendre ta main sur ton sexe, le bruit, la façon dont ta voix se casse quand je te dis que je suis en train de mouiller. Parce que c’est vrai. Ma chatte s’ouvre, mes doigts glissent dessus, je te le raconte sans filtre. Je te décris ce que ça me fait. Je te dis où j’en suis, à quel point je suis trempée, et je t’ordonne de me suivre. Pas de politesse. Tu me dis « oui » ou tu raccroches. Voilà ma baise au tel : sans politesse.
J’aime quand tu gémis. J’aime quand tu essaies de tenir et que je t’en empêche. Je te parle de ma bouche, de ce que je ferais si ta queue était là, de la façon dont je la sucerais lentement, juste pour te voir supplier. Je te demande de me dire quand tu es proche. Et je te dis d’attendre. Encore. Encore. Ma voix ne bouge pas, elle reste là, précise, méchante. Et quand tu jouis enfin, je veux l’entendre. Vraiment. Pas un petit soupir. Je veux le son de quelqu’un qui a tenu trop longtemps.
Après, je raccroche vite. Pas par méchanceté. Parce que j’ai un tatouage à finir demain et que j’aime rester sur cette image de toi, la queue encore humide, la tête vide. Alors si tu appelles, ne me sors pas tes clichés. Joue le jeu. Ou je te renvoie à ta main droite. Safia, au tel rose black, en a assez des clichés elle aussi ; Krystal, au tel rose trans, s’en sert pour jouer.