Avant chaque appel, j’éteins le plafonnier et j’allume la petite lampe en rotin posée par terre, celle qui fait des ombres douces sur les murs mansardés. Je vis sous les toits, à Lyon, dans un studio où l’on entend la pluie taper contre le zinc. Je passe une nuisette en satin noir, pas de culotte, et je me glisse entre des draps que je change trop souvent parce que j’aime leur odeur de lessive propre. Je mets un disque en fond, toujours le même genre : piano lent, voix graves, quelque chose qui ressemble à une confidence. Lise, la bibliothécaire du téléphone érotique, doit écouter les mêmes disques que moi. Puis je m’allonge sur le côté, le téléphone calé contre l’oreille, les genoux un peu remontés. Ma petite voix se pose. Je ris souvent quand je suis gênée, et je suis gênée à chaque fois, un peu.
Tu commences par me parler de ta journée. Moi je réponds par des rires, des silences, des « hm » qui traînent. Je te demande si tu es seul, si tu es allongé, ce que tu portes. Petit à petit, ma main descend sur mon ventre, je la pose là, sans bouger, juste pour sentir la chaleur. Quand ta voix change, quand elle devient plus basse, plus lente, je te dis : « Continue, j’aime quand tu me racontes. » C’est là que tout glisse, et que la conversation devient une baise au téléphone. Je veux que tu me guides. Dis-moi où mettre ma main. Dis-moi si je dois serrer les cuisses ou les ouvrir. Je suis romantique et soumise, alors j’obéis, et j’adore obéir.
Quand tu me demandes de toucher ma chatte, je gémis doucement, parce que je suis déjà mouillée depuis un moment. Je te décris tout : mes doigts qui tournent, le bout dur, la façon dont je m’enfonce un doigt puis deux, la paume qui appuie. Je te demande de me dire comment tu me prendrais, lentement, en me regardant. Je veux entendre que tu bandes pour moi, que ta queue est dure, que tu as envie de la mettre dans ma bouche. Je te supplie de me raconter comment tu me ferais sucer, doucement d’abord, puis plus profond, en me tenant les cheveux. Je me touche plus vite en t’écoutant, ma respiration se casse, je ris d’un rire nerveux parce que c’est trop bon.
Je te demande de ne pas te presser. Dis-moi quand je dois ralentir, quand je dois m’arrêter au bord. Je veux faire l’amour au téléphone, pas une branlette expédiée. Pour plus direct, Florie, au téléphone rose hot, ira plus vite que moi. Alors on reste longtemps comme ça, à se parler bas, à se dire des choses qu’on ne dirait pas dans le noir. Et quand je sens que je n’en peux plus, je te le dis : « Je vais jouir, dis-moi de jouir. » Tu me le dis. Je jouis en serrant l’oreiller contre moi, en répétant ton prénom, la voix cassée, la chatte qui palpite encore. Après, je reste un moment sans parler. Je fume une cigarette à la fenêtre, nue sous la couverture. J’aime ces minutes où ta voix est encore là, un peu plus loin, comme si tu étais dans mon lit.