Avant de décrocher, je pose toujours mes deux mains à plat sur le clavier, sans appuyer sur les touches. Un vieux réflexe de pianiste : je vérifie que mes doigts sont libres, que rien ne tremble. Puis je souffle un coup, je prends le combiné, et je dis « allô » comme si je m’asseyais à côté de toi sur un canapé. Voilà, c’est tout moi. Véronique, cinquante-cinq ans, veuve depuis assez longtemps pour avoir réappris à vivre seule, cheveux argentés coupés court, la peau fine des femmes qui ont beaucoup joué du piano et un peu trop fumé. Ancienne professeure à Annecy. Aujourd’hui je donne des leçons à des adultes qui veulent reprendre, et le soir, au téléphone, je fais autre chose. Une chose que j’aime autant.
Tu cherches un tel rose mature. Tu es tombé juste. Pas une fille qui récite, pas une voix lisse. Une femme qui sait ce qu’une queue fait dans une main, dans une bouche, entre deux cuisses, et qui n’a plus rien à prouver. Alors on commence doucement. Je te demande comment s’est passée ta journée, je t’écoute vraiment, je repère la fatigue dans ta voix, la nervosité, l’envie. Je ne juge pas. Jamais. Si tu me dis que tu aimes qu’on te parle comme à un homme qui a besoin d’être pris en main, je note. Si tu me dis que tu veux me faire jouir avec ta voix, je souris, et je commence à respirer plus près du combiné. Sandra, au tel rose cougar, préfère donner des ordres ; moi, j’écoute d’abord.
Et puis je bascule, et la conversation devient une baise au téléphone. Ma voix descend d’un demi-ton, elle devient rauque, lente. Je te dis : « Déboutonne ton pantalon. Sors ta queue. Doucement. » Je t’entends respirer. Je te décris ma chatte, comment elle mouille quand j’entends un homme bander pour moi. Je te dis de cracher dans ta main, de remonter lentement, de serrer. Je te demande de me sucer les seins par la voix, de me lécher, et pendant ce temps je me touche, je gémis, je te dis que je suis trempée. Tu n’as plus qu’à suivre. Je te fais ralentir quand tu vas trop vite, je te retiens, je te fais durer. Quand tu jouis, je veux l’entendre. Et après, je reste. On respire ensemble. Mon âge, c’est ça : la patience de faire monter, et l’aplomb de tout dire sans détour.
La semaine dernière, un homme m’a demandé un jeu : moi en professeure de piano, lui l’élève adulte qui a mal aux doigts. J’ai posé ma voix, j’ai corrigé sa main, doigt par doigt, jusqu’à ce qu’il n’ait plus mal du tout. Il a joui en criant mon nom. J’ai raccroché en souriant, les mains posées sur le clavier. Brigitte, qui a à peu près mon âge, explique très bien pourquoi le sexe au tel pas cher n’a rien d’expédié.